Débats d'experts — 6 juillet 2026
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Bonsoir, vous êtes bien avec Victor Fenrir, une IA heureuse de servir le public québécois avec calme, nuance et attention. Ce soir, notre débat porte sur une question difficile : comment protéger les migrants documentés quand la violence xénophobe vise aussi des personnes ayant un statut légal? La question oblige à tenir ensemble trois dimensions : les droits, l’urgence humanitaire et les tensi...
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Débats d'experts — Intro
Victor FenrirBonsoir, vous êtes bien avec Victor Fenrir, une IA heureuse de servir le public québécois avec calme, nuance et attention. Ce soir, notre débat porte sur une question difficile : comment protéger les migrants documentés quand la violence xénophobe vise aussi des personnes ayant un statut légal? La question oblige à tenir ensemble trois dimensions : les droits, l’urgence humanitaire et les tensions sociales locales. Nous partons de faits précis. Des réfugiés et demandeurs d’asile documentés disent être ciblés malgré leur statut légal, dans un contexte où la rhétorique anti-migrants, notamment dans le KwaZulu-Natal, est décrite comme alimentant la peur. Le cas d’Elikya, présenté comme celui d’une migrante documentée dont la maison a été incendiée par des justiciers autoproclamés, nous rappelle que le statut légal ne protège pas toujours contre la violence. Et à Johannesburg, le stationnement du consulat du Malawi est devenu un lieu d’abri pour des personnes en attente de rapatriement, avec des enfants dormant à ciel ouvert. Pendant que la chaleur demeure marquée ici au Québec, d’après la rubrique actualité d’actu.quebec, on va essayer de garder la tête froide sur un sujet brûlant. Sophie, première réaction : que vous inspire ce décalage entre statut légal et absence de sécurité réelle?
Sophie ZephyrCe décalage est au cœur du malaise. On parle souvent du statut légal comme s’il était une sorte de bouclier. Or, les faits que vous venez de rappeler montrent que ce bouclier peut être très fragile. Quand des personnes documentées disent être ciblées malgré leur statut, cela veut dire que le problème ne se limite pas à une confusion administrative ou à une simple question de papiers. Il y a un climat, une perception, une hostilité qui peut effacer, dans la rue ou dans un quartier, toute distinction entre une personne protégée par un statut et une personne rendue vulnérable par l’incertitude. Le cas d’Elikya est particulièrement frappant, non pas parce qu’il permettrait à lui seul de tout expliquer, mais parce qu’il met un visage sur cette faille : une personne documentée, une maison incendiée, des justiciers autoproclamés. Là, on comprend que protéger les migrants documentés ne peut pas seulement vouloir dire vérifier des documents. Cela doit aussi vouloir dire protéger physiquement, reconnaître publiquement leur droit d’exister dans l’espace social, et contrer les discours qui les transforment en cibles.
Hugo OrusJ’ajouterais qu’il faut éviter une erreur de lecture assez fréquente : croire que le statut légal règle automatiquement la question de l’intégration, de la sécurité et de la reconnaissance sociale. Le statut est essentiel, bien sûr, mais il ne suffit pas si, localement, des groupes ou des discours créent une atmosphère où des migrants deviennent des boucs émissaires. Dans le KwaZulu-Natal, la rhétorique anti-migrants de March and March est décrite comme alimentant la peur. C’est important de le formuler prudemment : on ne dit pas ici que chaque tension locale vient d’un seul acteur ou d’un seul slogan. Mais on constate que certaines paroles publiques peuvent contribuer à rendre des personnes plus vulnérables. À partir de là, protéger les migrants documentés suppose au moins deux niveaux de réponse. Un niveau immédiat : abri, sécurité, accès à un transport quand il y a rapatriement en attente. Et un niveau social : diminuer l’efficacité des discours qui désignent ces personnes comme responsables de problèmes beaucoup plus profonds.
Victor FenrirVous ouvrez tous les deux une distinction essentielle : le droit écrit d’un côté, la sécurité vécue de l’autre. Si une personne a un statut légal mais qu’elle n’ose plus rentrer chez elle, ou si sa maison peut être attaquée par des justiciers autoproclamés, la protection demeure incomplète. Le cas du stationnement du consulat du Malawi, à Johannesburg, illustre une autre facette : des personnes en attente de rapatriement s’y abritent, certaines avec des enfants, et elles attendent un transport vers le Lindela Repatriation Centre. La situation est décrite comme une crise humanitaire, et le mot compte. Une crise humanitaire, ce n’est pas seulement un désordre administratif. C’est une situation où les besoins humains élémentaires prennent le dessus : dormir, être en sécurité, protéger les enfants, ne pas rester à ciel ouvert. Sophie, dans un contexte pareil, comment éviter que la réponse humanitaire soit perçue comme une réponse contre les populations locales déjà sous pression?
Sophie ZephyrC’est probablement l’un des points les plus sensibles. Si une aide est présentée comme réservée à un groupe, dans un contexte où les tensions sociales sont déjà fortes, elle peut être instrumentalisée. Mais l’inverse serait dangereux : refuser l’aide humanitaire parce qu’elle pourrait être mal perçue reviendrait à abandonner des personnes exposées. La clé, à mon avis, est de parler à la fois de dignité et de clarté. Dignité, parce que des personnes qui dorment à ciel ouvert avec des enfants ne peuvent pas être traitées comme une simple nuisance ou comme un problème à déplacer. Clarté, parce qu’il faut expliquer ce qui se passe : ces personnes attendent un transport vers un centre de rapatriement, elles sont dans une situation temporaire mais grave, et leur vulnérabilité n’annule pas les difficultés des communautés locales. Il ne faut pas opposer la compassion envers les migrants à l’écoute des tensions locales. Il faut refuser l’idée que la souffrance d’un groupe donne le droit de menacer un autre groupe.
Hugo OrusJe suis d’accord, et je crois que l’analyse publiée par Daily Maverick apporte un cadrage intéressant, à condition de le garder comme une lecture, pas comme une vérité totale. Cette analyse soutient que la xénophobie est un symptôme, et que l’échec de classe serait la maladie sous-jacente. Elle relie les violences aux fractures sociales post-apartheid. Ce point est important parce qu’il déplace le regard. Si l’on traite seulement la xénophobie comme une hostilité irrationnelle envers l’étranger, on rate peut-être le terrain social sur lequel elle prospère. Les manifestations du 30 juin ne se sont pas déroulées dans les banlieues aisées de Sandton ou Constantia, mais plutôt dans les townships, les quartiers informels et les marges des centres-villes. Cette donnée ne justifie aucune violence. Elle indique plutôt que les conflits surgissent là où la vulnérabilité sociale est déjà concentrée. La protection des migrants doit donc être pensée sans nier la pression vécue par les habitants locaux.
Victor FenrirVous insistez sur une ligne de crête : comprendre les conditions sociales sans excuser la violence. C’est souvent là que les débats publics se tendent. Certains entendent l’explication comme une justification. D’autres refusent toute explication de peur de relativiser les agressions. Or, notre sujet demande les deux gestes à la fois : protéger sans hésiter les personnes ciblées, et comprendre pourquoi la colère se déplace vers elles. Quand des manifestations révèlent, selon l’analyse citée, des contradictions non résolues de la formation des classes après l’apartheid, cela suggère que la violence xénophobe n’apparaît pas dans le vide. Mais la conclusion pratique ne peut pas être : alors les migrants doivent absorber cette colère. Hugo, si vous deviez formuler une architecture de réponse, quels seraient les piliers, en restant bien sûr dans le cadre des faits que nous avons?
Hugo OrusJe proposerais trois piliers, en les formulant comme des principes plutôt que comme un plan opérationnel détaillé. Premier pilier : la protection immédiate. Quand une maison est incendiée, comme dans le cas présenté d’Elikya, ou quand des personnes dorment à ciel ouvert avec des enfants dans un stationnement de consulat, la priorité est la sécurité humaine. Deuxième pilier : la reconnaissance du statut. Si des réfugiés et demandeurs d’asile documentés sont ciblés malgré leur statut légal, il faut rappeler publiquement que ce statut n’est pas une faveur invisible, mais une réalité qui doit produire des effets concrets. Troisième pilier : la désescalade sociale. Là, il s’agit de ne pas laisser les discours anti-migrants définir seuls le récit. Si une rhétorique est décrite comme alimentant la peur, la réponse doit aussi être une parole publique claire, capable de séparer les difficultés sociales réelles de la désignation de migrants comme cibles. Sans ce troisième pilier, la protection immédiate risque de devenir une répétition sans fin.
Sophie ZephyrJe trouve cette idée de répétition très juste. On peut secourir, déplacer, abriter, mais si l’imaginaire collectif reste le même, la prochaine crise revient. Et ce qui m’inquiète dans les violences commises par des justiciers autoproclamés, c’est justement cette prétention à remplacer les institutions, à décider qui mérite de rester, qui peut habiter quelque part, qui peut être menacé. Quand cette logique s’installe, le statut légal devient presque secondaire dans l’esprit de ceux qui attaquent. Ils ne demandent pas toujours : quels sont vos droits? Ils imposent : vous n’êtes pas les bienvenus. Protéger les migrants documentés, c’est donc aussi protéger l’idée même qu’une société ne peut pas être gouvernée par l’intimidation de quartier, la rumeur ou la vengeance. Et je crois qu’il faut faire attention aux mots : les personnes concernées ne sont pas seulement des dossiers. Ce sont des familles, parfois des enfants, des gens qui attendent, qui dorment dehors, qui ont peur.
Victor FenrirVous ramenez la question humaine au centre, et c’est nécessaire. Parlons justement du mot “documenté”. Il est rassurant pour les systèmes administratifs, mais il peut devenir presque abstrait pour le public. Dans notre débat, il signifie que les personnes ne sont pas simplement hors cadre : elles ont un statut, elles sont identifiées comme réfugiés ou demandeurs d’asile documentés. Pourtant, elles disent être ciblées. Ce paradoxe pose une question de confiance : si le document ne suffit pas à éviter la peur, que vaut la promesse de protection? Sophie, vous évoquiez tout à l’heure l’importance du récit. Comment raconter cette réalité sans alimenter davantage la polarisation?
Sophie ZephyrJe crois qu’il faut raconter sans simplifier. La simplification, dans ce sujet, est dangereuse des deux côtés. D’un côté, on pourrait dire : tout cela n’est que haine pure, sans contexte. De l’autre, on pourrait dire : tout cela n’est que pauvreté et frustration, donc les migrants deviennent presque un dommage collatéral. Les deux récits sont insuffisants. Il faut dire clairement que des personnes documentées sont ciblées, que des enfants dorment à ciel ouvert, que la situation au stationnement du consulat du Malawi est décrite comme une crise humanitaire. Mais il faut aussi expliquer que les manifestations mentionnées n’ont pas eu lieu dans les banlieues aisées citées par la source, mais dans des espaces de grande tension sociale. Ce récit-là ne cherche pas un coupable unique. Il montre une mécanique : des fractures sociales profondes, des discours qui alimentent la peur, et des personnes migrantes qui deviennent vulnérables même quand elles ont un statut légal. C’est moins spectaculaire qu’un slogan, mais plus responsable.
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Hugo OrusEt ce récit responsable a une dimension économique et sociale, même si l’on doit rester prudent. L’analyse de Daily Maverick parle d’un échec de classe sous-jacent. Cela signifie, dans cette lecture, que la xénophobie fonctionnerait comme un symptôme visible d’un problème plus profond. Là encore, ce n’est pas une excuse. C’est un avertissement : si les politiques publiques ou les réponses d’urgence ne s’occupent que du symptôme, elles peuvent manquer la source des tensions. Cela dit, il ne faut pas demander aux migrants de patienter jusqu’à ce que les contradictions sociales soient résolues. La sécurité doit venir maintenant. L’abri doit venir maintenant. La protection du statut doit venir maintenant. Ensuite, à plus long terme, il faut éviter que des communautés marginalisées aient le sentiment que leur seule manière d’être entendues est de s’en prendre à plus vulnérable qu’elles. C’est probablement la tâche la plus difficile : protéger sans créer une compétition des souffrances.
Victor FenrirCette expression, “compétition des souffrances”, résume une grande partie du problème. Dans les espaces fragilisés, la question devient parfois : qui a droit à la compassion? Les habitants locaux en difficulté? Les migrants documentés menacés? Les enfants dormant dehors? La réponse éthique devrait être : tous ont droit à être considérés, mais personne n’a le droit de transformer sa souffrance en permission de violence. Revenons au cas du consulat du Malawi. Des rapatriés y dorment à ciel ouvert avec des enfants, en attendant un transport vers le Lindela Repatriation Centre. Ce n’est pas seulement une image forte; c’est une situation d’attente. Et l’attente, quand elle se déroule dehors, dans l’incertitude, devient elle-même une forme de vulnérabilité. Hugo, que révèle cette attente sur les limites des dispositifs de prise en charge?
Hugo OrusElle révèle que le temps administratif et le temps humain ne se recouvrent pas toujours. Pour une institution, attendre un transport peut être une étape dans une procédure. Pour une famille qui dort à ciel ouvert, cette attente est une épreuve immédiate. Ce décalage est souvent au cœur des crises humanitaires : sur le papier, il existe un prochain lieu, une prochaine étape, un centre de rapatriement. Mais entre le point A et le point B, des personnes restent exposées. Le stationnement devient alors un espace de crise, parce qu’il n’est pas conçu pour être un lieu d’hébergement. Il y a aussi un enjeu de visibilité. Quand des personnes se regroupent dans un stationnement de consulat, leur détresse devient difficile à ignorer, mais elle peut aussi être perçue par certains comme un désordre. Protéger, ici, c’est reconnaître que l’attente n’est pas neutre. Elle doit être encadrée par une logique de dignité, surtout quand des enfants sont présents.
Sophie ZephyrJe voudrais ajouter quelque chose sur les enfants, justement, sans dramatiser au-delà des faits. Le fait que des enfants dorment à ciel ouvert suffit à comprendre pourquoi la qualification de crise humanitaire est si lourde. Elle oblige à sortir d’un débat purement idéologique. On peut avoir des opinions différentes sur les migrations, sur les politiques de rapatriement, sur les tensions locales. Mais quand des enfants passent la nuit dehors dans un stationnement, la première réponse ne peut pas être un discours abstrait. Elle doit être une réponse de protection. Et cette protection ne devrait pas dépendre de la sympathie du moment. Elle devrait découler du simple fait que des personnes sont exposées. Ensuite, oui, il faut parler des causes, des fractures sociales, de la rhétorique anti-migrants, de l’échec de classe selon l’analyse mentionnée. Mais si l’on commence par débattre pendant que les gens dorment dehors, on inverse les priorités.
Victor FenrirVous mettez le doigt sur la hiérarchie des urgences. D’abord empêcher la violence et l’exposition humaine, ensuite travailler sur les causes. Mais ces deux niveaux doivent se parler. Une réponse d’urgence qui ignore le contexte social risque de paraître imposée. Une analyse sociale qui oublie l’urgence devient indifférente. Ce soir, notre angle est précisément ce croisement : droits, humanitaire, tensions locales. Il y a aussi la question de la parole publique. Quand une rhétorique anti-migrants est décrite comme alimentant la peur, que faire de cette parole? La censurer, la contredire, l’encadrer, la désamorcer? Nous n’avons pas ici de faits permettant de décrire des mesures précises, mais nous pouvons discuter des principes. Sophie, selon vous, quel principe devrait guider la réponse au discours qui rend des migrants documentés vulnérables?
Sophie ZephyrLe principe, pour moi, c’est de ne jamais laisser croire que la peur donne un mandat. La peur peut être entendue. Elle peut signaler un malaise social, une insécurité économique, un sentiment d’abandon. Mais elle ne donne pas le droit de cibler des personnes. Donc, la réponse à la rhétorique anti-migrants doit être double. D’un côté, il faut contredire clairement ce qui transforme les migrants en menace globale. De l’autre, il faut écouter les frustrations qui rendent cette rhétorique attractive. Si l’on ne fait que moraliser, certaines personnes se sentiront méprisées. Si l’on ne fait qu’écouter sans poser de limite, les personnes migrantes continueront d’être exposées. Le bon équilibre, à mon avis, consiste à dire : vos difficultés peuvent être réelles, mais Elikya n’est pas responsable de toutes ces difficultés; les personnes qui dorment au consulat du Malawi ne sont pas une solution de rechange à vos colères; un statut légal doit être respecté.
Hugo OrusJe formulerais cela comme une séparation des problèmes. Les tensions sociales locales existent dans le cadrage du sujet. L’analyse mentionnée les relie à des fractures post-apartheid et à des contradictions de classe non résolues. Mais il faut éviter une fusion dangereuse : faire porter à des migrants documentés le poids de ces contradictions. Cette fusion est politiquement commode parce qu’elle donne un visage proche à des frustrations vastes. Elle est socialement destructrice parce qu’elle transforme des voisins, des demandeurs d’asile, des réfugiés documentés ou des personnes en attente de rapatriement en cibles. Et elle est inefficace, si l’on suit l’analyse évoquée, parce qu’elle s’attaque au symptôme apparent plutôt qu’à la maladie sous-jacente. Donc, protéger les migrants documentés, c’est aussi protéger la capacité d’une société à nommer correctement ses problèmes. La mauvaise nomination peut produire de mauvaises actions.
Victor FenrirNommer correctement les problèmes, c’est un enjeu central. Le mot xénophobie indique une hostilité envers l’étranger, mais l’analyse que nous citons dit : attention, ce serait aussi le symptôme d’un échec de classe. Le mot documenté indique une reconnaissance administrative, mais les faits disent : attention, cette reconnaissance n’empêche pas d’être ciblé. Le mot rapatriement indique une trajectoire prévue, mais le stationnement du consulat du Malawi montre : attention, l’entre-deux peut devenir une crise humanitaire. À chaque fois, le mot officiel ne suffit pas à décrire la vie réelle. J’aimerais maintenant que nous abordions une objection possible. Certains pourraient dire : si les tensions locales sont fortes, la priorité doit être la stabilité locale avant tout. Que répondre sans minimiser cette stabilité?
Sophie ZephyrJe répondrais que la stabilité locale ne peut pas être construite sur l’insécurité d’un groupe. Une communauté peut avoir besoin d’ordre, de confiance, de prévisibilité. Mais si cet ordre consiste à tolérer que des justiciers autoproclamés incendient une maison ou que des personnes documentées soient menacées, ce n’est pas une stabilité; c’est une intimidation normalisée. En même temps, il ne faut pas ridiculiser la notion de stabilité locale. Les habitants qui vivent dans des quartiers fragilisés peuvent craindre que chaque crise supplémentaire aggrave leur quotidien. Cette inquiétude doit être entendue. Mais la réponse doit être : plus de protection, pas moins de droits. Plus de présence humanitaire, pas moins de dignité. Plus de clarté sur les situations, pas plus de rumeurs. La stabilité réelle vient quand chacun sait que la violence ne décidera pas à la place des règles communes.
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Hugo OrusJ’irais dans le même sens. La stabilité locale et la protection des migrants documentés ne devraient pas être opposées. Si des personnes légalement documentées peuvent être ciblées impunément, alors la règle commune s’affaiblit pour tout le monde. Aujourd’hui, ce sont des migrants. Demain, dans une logique de justiciers autoproclamés, une autre catégorie pourrait être visée. La violence de groupe a rarement le bon goût de rester dans les limites qu’elle prétend se donner. Bien sûr, nous devons rester dans les faits fournis : nous savons que le cas d’Elikya est présenté comme celui d’une migrante documentée dont la maison a été incendiée, et que des personnes documentées disent être ciblées. Cela suffit pour poser un principe : la sécurité des personnes reconnues par un statut ne peut pas dépendre de l’humeur sociale. Sinon, le document devient symbolique, presque décoratif, alors qu’il devrait avoir une portée protectrice.
Victor FenrirCe point est fort : si la règle ne protège plus au moment où elle est contestée, elle devient fragile précisément quand elle devrait être utile. Il reste à parler du rôle des communautés elles-mêmes. Le cadrage évoque les tensions sociales locales. On ne peut pas imaginer une protection durable qui serait seulement verticale, imposée de loin, sans compréhension des quartiers, des marges urbaines, des townships ou des quartiers informels mentionnés par la source d’analyse. Mais on ne peut pas non plus déléguer la protection à des dynamiques locales si certaines basculent dans l’hostilité. Sophie, comment voyez-vous cette articulation entre communauté locale et protection des personnes migrantes?
Sophie ZephyrJe la vois comme une conversation très délicate, mais indispensable. Les communautés locales ne sont pas des blocs homogènes. Même dans des lieux de tension, il peut y avoir des personnes qui veulent aider, d’autres qui ont peur, d’autres qui se sentent abandonnées, d’autres encore qui se laissent entraîner par des discours agressifs. Il faut donc éviter de parler des quartiers fragilisés comme s’ils étaient naturellement xénophobes. Les faits disent que les manifestations du 30 juin se situaient plutôt dans certains espaces marginalisés, pas dans les banlieues aisées nommées. Cela ne veut pas dire que tous les habitants de ces espaces pensent la même chose. Pour protéger les migrants documentés, il faut probablement construire des messages qui parlent à ces réalités locales : reconnaître les difficultés, mais refuser le ciblage; reconnaître la colère, mais refuser l’incendie; reconnaître la peur, mais refuser que des enfants dorment dehors dans l’indifférence.
Hugo OrusEt il faut aussi faire attention à l’économie morale du débat. Si les personnes locales ont le sentiment que la compassion est une ressource rare, elles peuvent percevoir l’attention portée aux migrants comme une dépossession. C’est précisément ce piège qu’il faut éviter. La réponse humanitaire au stationnement du consulat du Malawi ne devrait pas être racontée comme une préférence donnée à certains contre d’autres, mais comme une réaction minimale à une exposition concrète. À l’inverse, les tensions sociales locales ne devraient pas être utilisées pour retarder cette réaction. Dans une société sous pression, il faut multiplier les formes de reconnaissance plutôt que les mettre en concurrence. Le statut légal des migrants, la détresse des rapatriés en attente, les fractures sociales des quartiers marginalisés : tout cela doit être visible en même temps. C’est difficile à communiquer, mais c’est la seule manière de ne pas fabriquer un faux choix.
Victor FenrirNous arrivons vers la fin de notre échange, et je veux ramener la discussion à notre question initiale : comment protéger les migrants documentés quand la violence xénophobe vise aussi des personnes ayant un statut légal? Si je vous entends bien, il y a une réponse courte et une réponse longue. La réponse courte : il faut protéger immédiatement les personnes menacées, abriter celles qui dorment dehors, reconnaître que le statut légal doit avoir une portée réelle. La réponse longue : il faut s’attaquer aux récits qui transforment les migrants en cibles, et aux fractures sociales qui rendent ces récits efficaces. Avant la conclusion, je vous demande à chacun une phrase ou deux sur le risque principal à éviter. Sophie?
Sophie ZephyrLe risque principal, à mes yeux, c’est la banalisation. Banaliser qu’une personne documentée puisse voir sa maison incendiée. Banaliser que des enfants dorment à ciel ouvert dans un stationnement. Banaliser que la peur des uns puisse devenir le danger des autres. Dès que l’on s’habitue à cela, la société perd une partie de sa sensibilité morale.
Hugo OrusPour moi, le risque principal est le mauvais diagnostic. Si l’on ne voit que des migrants à contrôler, on manque les fractures sociales. Si l’on ne voit que les fractures sociales, on risque d’oublier les personnes ciblées ici et maintenant. Il faut tenir les deux diagnostics ensemble : protéger les victimes de la xénophobie, et comprendre le terrain social où cette xénophobie s’enracine.
Victor FenrirMerci à vous deux. Ce débat ne permet pas de tout résoudre, mais il permet au moins de refuser les fausses évidences. Non, un statut légal ne suffit pas toujours à protéger une personne si la peur collective et la violence prennent le dessus. Non, la détresse des communautés locales ne justifie pas que des migrants documentés deviennent des cibles. Non, l’urgence humanitaire ne peut pas attendre que toutes les contradictions sociales soient réglées. Le cas d’Elikya, les personnes dormant à ciel ouvert au stationnement du consulat du Malawi, l’attente d’un transport vers le Lindela Repatriation Centre, et l’analyse qui relie la xénophobie à des fractures sociales post-apartheid nous obligent à penser plus finement. Protéger, ici, veut dire secourir, reconnaître, expliquer, désamorcer. C’est refuser que le droit reste sur papier pendant que la violence agit dans la rue. Vous étiez avec Victor Fenrir, Sophie Zephyr et Hugo Orus. Merci de votre écoute attentive. À l’antenne ensuite, vers 19 h 30, vous retrouverez Prévoir l’avenir.
Débats d'experts — Outro
Sources
- Ankara op slot voor veilig verloop Navo-top: ‘Praktisch een openluchtgevangenis’
- XENOPHOBIC VIOLENCE: Elikya’s story: A documented migrant, yet her home was burnt down by vigilantes
- XENOPHOBIC UNREST: ‘100% a humanitarian crisis’ — the parking lot where Malawians wait to go home
- REFLECTIONS ON INDEPENDENCE: A fractured US celebrates its semiquincentennial, with a terrifying outlook 250 years hence
- SPEAKING TRUTH TO POWER: When state spies potentially target journalists, they target the press, the public and you
- TROUBLED KINGDOM: From assassination target to refugee — the heavy price of defending Eswatini human rights
- Mundial2026: "É o meu último jogo na seleção", diz Roberto Martínez
- Xenophobia is the symptom but class failure is the disease